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DOSSIER L’opticien face à l’intelligence artificielle : menace ou opportunité ?

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L’intelligence artificielle (IA) s’impose aujourd’hui dans de nombreux secteurs, y compris celui de l’optique. Du diagnostic automatisé aux essayages virtuels, ces technologies promettent des avancées significatives. Mais face à cette révolution numérique, les opticiens doivent-ils voir l’IA comme une menace pour leur profession ou comme un levier d’innovation ? Zoomons sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le métier d’opticien, entre automatisation, personnalisation et relation client.

 

L’Intelligence Artificielle au service du diagnostic optique et de l’accompagnement client

 

L’une des avancées les plus marquantes de l’intelligence artificielle en optique est l’analyse automatisée de la vision. Des solutions comme Topcon Chronos ou EyeQue VisionCheck permettent d’effectuer des tests de réfraction directement à domicile, en utilisant des algorithmes sophistiqués pour mesurer l’acuité visuelle et recommander une correction adaptée.

 

Ces outils sont particulièrement utiles pour les personnes vivant dans des zones isolées ou ayant des difficultés à se rendre chez un professionnel. Ils offrent également un suivi plus régulier, permettant aux utilisateurs de détecter rapidement d’éventuelles évolutions de leur vision et d’adapter leurs corrections en conséquence.

 

Cependant, si ces technologies promettent un accès facilité aux tests visuels, elles posent aussi la question de la fiabilité des résultats. En effet, des facteurs comme l’éclairage ambiant, la qualité de l’écran utilisé et l’expérience de l’utilisateur peuvent influencer la précision des mesures. Contrairement à un examen réalisé en magasin par un opticien ou un ophtalmologiste, ces solutions ne prennent pas encore en compte certains aspects plus subtils de la vision, comme la convergence oculaire ou la perception des contrastes.

 

 

Par ailleurs, les plateformes de conseil en ligne s’appuient de plus en plus sur l’intelligence artificielle pour guider les clients dans leur choix de montures et de verres. Nombreux sont ceux qui ont développé des chatbots et des assistants virtuels capables d’analyser la morphologie du visage, les habitudes de vie et les préférences esthétiques pour proposer des recommandations personnalisées.

 

Grâce à l’apprentissage automatique, ces outils affinent progressivement leurs suggestions en fonction des retours des utilisateurs, rendant l’expérience d’achat plus fluide et engageante.

 

Néanmoins, cette automatisation de l’accompagnement client soulève une question majeure : le rôle futur de l’opticien dans ce processus. L’interaction humaine reste essentielle pour identifier certains besoins spécifiques, tels que le confort de port, l’adaptation aux verres progressifs ou les ajustements précis des montures.

 

Si l’IA apporte des outils puissants pour améliorer l’accessibilité aux soins visuels et optimiser l’expérience d’achat, ces outils ne peuvent pas encore se substituer totalement à l’expertise humaine. L’opticien va, dans le court terme, conserver un rôle clé dans l’analyse fine des besoins et dans l’accompagnement personnalisé des clients, en complément des avancées technologiques.

 

La révolution des essayages virtuels et de la personnalisation

 

Grâce aux avancées en réalité augmentée et en modélisation 3D, les essayages de lunettes en ligne sont devenus un standard dans l’industrie de l’optique. Des entreprises comme FittingBox ou Lenskart ont développé des technologies permettant de visualiser, en temps réel et avec une grande précision, l’apparence d’une monture sur un visage. Ces outils reposent sur des algorithmes de reconnaissance faciale et de rendu photoréaliste, analysant là aussi la morphologie du client pour ajuster l’image du produit à son visage sous différents angles.

 

Un levier puissant pour le commerce en ligne, en réduisant l’hésitation des consommateurs et en limitant les retours produits liés à des erreurs de choix.

 

Mais l’intelligence artificielle ne se limite pas à l’aspect esthétique. Elle joue également un rôle clé dans la personnalisation des verres, un domaine où certaines acteurs comme Shamir et Zeiss repoussent les limites de l’optique traditionnelle.

 

En intégrant des algorithmes d’apprentissage automatique, ces entreprises analysent les habitudes de vie des porteurs afin d’optimiser leurs verres selon des besoins spécifiques. Par exemple, un verre peut être conçu pour limiter la fatigue visuelle des personnes passant de longues heures devant un écran ou pour améliorer la vision dynamique des sportifs. Certains modèles prennent même en compte les mouvements de la tête et du regard pour ajuster la correction en temps réel, offrant ainsi un confort visuel optimal.

 

Lunettes sur lumière

 

Là encore, si le client peut choisir son verre selon ses habitudes, l’opticien va-t-il devenir obsolète ? La réponse réside probablement dans une sorte d’hybridation entre expertise humaine et outils numériques. Plutôt que de voir l’IA comme une menace, l’opticien se doit de l’exploiter pour affiner ses conseils et renforcer l’expérience en boutique.

 

Par exemple, en utilisant les données générées par les plateformes d’essayage et de personnalisation, il peut proposer des ajustements sur mesure et accompagner ses clients dans le choix final, en tenant compte de facteurs qu’un algorithme ne peut percevoir, comme le ressenti personnel, l’adaptation progressive aux verres progressifs ou encore le confort de port.

 

À l’ère de l’IA, un nouveau rôle pour l’opticien

 

Face à ces évolutions technologiques, l’opticien doit repenser son rôle pour s’adapter à un secteur de plus en plus automatisé et digitalisé. Contrairement aux craintes d’une disparition progressive du métier, l’intelligence artificielle et les outils numériques pourraient, au contraire, lui offrir l’opportunité de se positionner comme un expert en solutions optiques, combinant la puissance des algorithmes avec son savoir-faire et son sens du conseil personnalisé.

 

L’une des premières pistes d’adaptation réside dans l’optimisation du temps en magasin. L’IA peut automatiser des tâches répétitives comme la prise de mesures oculaires, la suggestion de montures en fonction de la morphologie du visage ou encore l’analyse des besoins visuels via des questionnaires interactifs. En déchargeant l’opticien de ces étapes techniques, ces solutions lui permettent de se consacrer pleinement à des services à forte valeur ajoutée : l’ajustement précis des montures, l’adaptation des verres progressifs, l’accompagnement sur la durée, ou encore l’éducation visuelle pour les patients souffrant de pathologies spécifiques.

 

Cette évolution renforcerait ainsi la dimension humaine du métier, l’opticien devenant un véritable conseiller haut de gamme dans un univers ultra-personnalisé, alors même que la technologie se développe.

 

jeune femme avec des lunettes technologiques

 

Par ailleurs, la montée en puissance de l’optique connectée ouvre des perspectives inédites. Des dispositifs comme les verres à réalité augmentée, ou encore les lunettes intelligentes, annoncent l’arrivée d’une nouvelle génération d’équipements optiques, intégrant des fonctionnalités avancées : affichage d’informations en temps réel, réalité mixte, filtres adaptatifs pour améliorer la vision nocturne, ou encore contrôle des dispositifs numériques par le regard.

 

Dans ce contexte, l’opticien pourrait se spécialiser dans la vente et l’adaptation de ces technologies, devenant ainsi un acteur clé de leur démocratisation. Cette transition nécessitera bien entendu une formation continue pour suivre l’évolution rapide des innovations et garantir un accompagnement optimal aux clients, à la croisée des mondes de l’optique traditionnelle et des nouvelles technologies.

 

En somme, l’opticien de demain ne sera pas remplacé par l’intelligence artificielle, mais devra apprendre à collaborer avec elle. Loin d’être une menace, ces évolutions peuvent être une opportunité stratégique pour ceux qui sauront exploiter les outils numériques pour enrichir l’expérience client, offrir un service ultra-personnalisé et s’imposer comme des experts de l’optique 4.0.

 

L’évolution vers une optique connectée et intelligente peut donc signifier par contre une transformation significative. L’enjeu n’est pas de concurrencer l’IA, mais de l’intégrer comme un outil complémentaire pour enrichir le parcours client et offrir un service toujours plus précis et personnalisé.

 

L’intelligence artificielle et l’optique sont appelées à collaborer plutôt qu’à s’opposer. Si certaines tâches sont automatisées, l’expertise humaine reste irremplaçable, notamment pour l’interprétation fine des besoins et la relation client. Les opticiens qui sauront intégrer ces technologies tout en valorisant leur savoir-faire seront les mieux placés pour s’adapter à cette révolution.

Loin d’être une menace, l’IA pourrait bien être le levier qui redéfinit le métier d’opticien pour les années à venir.